- Un duo capteur + IA : le norvégien sensiBel associe son micro MEMS optique SBM100B à l’IA embarquée du californien Aizip pour isoler la voix dans le bruit, sur lunettes connectées et écouteurs true wireless.
- Des chiffres qui sortent du lot : 80 dBA de rapport signal/bruit, 132 dB de plage dynamique et 146 dB SPL de point de saturation acoustique, là où un micro MEMS capacitif classique plafonne entre 65 et 73 dBA.
- Le gain annoncé : plus de 30 % de réduction du taux d’erreur par caractère en reconnaissance vocale, ce qui change directement la fiabilité des assistants IA dans la rue.
- Tout se passe sur l’appareil : débruitage, déréverbération, beamforming directionnel et détection champ proche / champ lointain tournent en local, sans passer par le cloud.
- Un dossier crédible : sensiBel est une société d’Oslo née de travaux de l’institut SINTEF, dans laquelle Sennheiser a investi 7 millions d’euros en février 2024.
Le maillon faible des lunettes connectées n’est ni le processeur ni la batterie : c’est le micro. sensiBel et Aizip annoncent une chaîne complète, capteur optique haute fidélité plus IA de beamforming embarquée, qui promet plus de 30 % d’erreurs en moins en reconnaissance vocale. Voici ce que cela change concrètement pour la prochaine génération de lunettes et d’écouteurs.
Pourquoi votre interlocuteur vous entend si mal quand vous téléphonez avec vos lunettes
Un micro logé dans une branche de lunettes se trouve à 10 centimètres de votre bouche, en plein vent, sans aucune cavité pour le protéger. Le capteur reçoit donc votre voix et le bruit de la rue quasiment au même niveau, et c’est ce déséquilibre qui rend vos appels pénibles pour la personne en face. Le problème n’est pas logiciel : il commence au capteur, avant même le moindre traitement. Sur la plupart des produits actuels, y compris les meilleurs modèles du marché des casques et lunettes connectées, ce capteur est un micro MEMS capacitif standard.
C’est exactement la brèche dans laquelle s’engouffrent sensiBel et Aizip. Le premier fournit un micro MEMS à lecture optique nettement plus silencieux que la moyenne, le second l’intelligence embarquée qui exploite ce signal propre. Le partenariat vise explicitement les écouteurs true wireless, les lunettes connectées de type Ray-Ban Meta et les systèmes de visioconférence.
La logique est simple : un algorithme, même excellent, ne peut pas reconstruire une information que le micro n’a jamais captée. Améliorer le capteur, c’est déplacer le plafond de verre pour tout le reste de la chaîne.
Ce que change un micro MEMS optique par rapport aux micros classiques
Un micro MEMS optique mesure le déplacement de sa membrane avec un laser plutôt qu’avec une variation de capacité électrique. Le SBM100B de sensiBel embarque pour cela un laser VCSEL, un photodétecteur, un élément optique diffractif et un circuit ASIC dans le même boîtier. Résultat : un bruit de fond propre beaucoup plus bas, donc une voix qui ressort du silence au lieu de se noyer dans le souffle du micro lui-même.
Les chiffres annoncés sont de 80 dBA de rapport signal/bruit, 132 dB de plage dynamique, 146 dB SPL de point de saturation acoustique et une sortie numérique sur 24 bits. Le composant accepte les interfaces PDM, I2S et TDM huit canaux, ce qui le rend directement utilisable dans un réseau de plusieurs micros. C’est ce dernier point qui intéresse les fabricants de lunettes : un seul bus TDM peut piloter tout le réseau de capteurs d’une paire de lunettes.
Pour situer l’écart, un micro MEMS capacitif grand public se situe généralement entre 65 et 73 dBA de rapport signal/bruit, avec un point de saturation entre 120 et 135 dB SPL. On parle donc d’environ 10 dB gagnés sur le bruit propre, ce qui est énorme à l’échelle d’un composant de cette taille. Les acheteurs d’écouteurs sans fil à réduction de bruit active en verront l’effet d’abord sur les appels, pas sur l’écoute musicale.
Depuis l’Oculus Rift DK1, j’ai vu l’image, le suivi et les optiques progresser de façon spectaculaire, pendant que la captation vocale restait le parent pauvre du cahier des charges. Mon test personnel n’a pas changé en dix ans : je sors sur un boulevard passant et j’appelle quelqu’un. Sur les lunettes que j’ai eues en main, c’est toujours à ce moment précis que la magie s’arrête.
À quoi sert l’IA d’Aizip greffée sur le réseau de micros
Aizip apporte la couche logicielle qui transforme plusieurs micros en un seul faisceau d’écoute orienté vers votre bouche. Sa solution combine réduction de bruit, déréverbération, rehaussement directionnel de la parole, localisation du locuteur et distinction entre champ proche et champ lointain. Le tout tourne en local sur le processeur de l’appareil, avec une latence faible et sans connexion réseau.
Le chiffre mis en avant par les deux entreprises est une réduction de plus de 30 % du taux d’erreur par caractère en reconnaissance vocale. Concrètement, cela veut dire moins de commandes mal comprises par l’assistant, moins de transcriptions à corriger et moins de répétitions dans un espace bruyant. C’est mesurable, contrairement à la plupart des promesses marketing autour de l’IA audio.
Le traitement local a un second effet, rarement mis en avant dans les communiqués : votre voix n’a pas besoin de quitter les lunettes pour être nettoyée. Sur un produit qui porte déjà une caméra sur le visage, ce détail pèse lourd dans le débat sur la vie privée.
- Beamforming directionnel – le réseau de micros concentre son écoute vers la bouche du porteur et atténue le reste.
- Déréverbération – supprime l’écho des pièces carrelées, des halls et des salles de réunion.
- Détection champ proche / champ lointain – distingue votre voix de celle d’une personne située à plusieurs mètres.
- Exécution embarquée – aucun aller-retour vers le cloud, donc pas de latence réseau ni d’envoi de voix.

Le norvégien sensiBel et le californien Aizip associent micro MEMS optique et IA embarquée pour améliorer la captation vocale des lunettes connectées et des écouteurs true wireless.
Micros optiques contre micros capacitifs : le comparatif chiffré
Le tableau ci-dessous résume l’écart réel entre un micro MEMS capacitif grand public, celui que vous avez aujourd’hui dans vos lunettes et vos écouteurs, et le SBM100B utilisé dans ce partenariat. Les valeurs non confirmées par le fabricant sont signalées comme telles.
| Critère | MEMS capacitif classique | sensiBel SBM100B |
|---|---|---|
| Principe de mesure | Variation de capacité électrique | Lecture optique par laser VCSEL |
| Rapport signal/bruit | 65 à 73 dBA | 80 dBA |
| Point de saturation (AOP) | 120 à 135 dB SPL | 146 dB SPL |
| Plage dynamique | Non communiqué | 132 dB |
| Résolution numérique | Non communiqué | 24 bits |
| Interfaces numériques | Analogique ou PDM selon modèle | PDM, I2S, TDM 8 canaux |
| Traitement IA associé | Variable selon le fabricant | Beamforming Aizip embarqué |
| Disponibilité | Production de masse | Livré aux industriels depuis 2022 |
Qui est sensiBel, le norvégien qui veut déloger les micros capacitifs
sensiBel est une société basée à Oslo, fondée en 2017 pour industrialiser des travaux de recherche menés à l’institut norvégien SINTEF dans les années 2000. L’idée d’utiliser une lecture optique plutôt que capacitive y avait été explorée bien avant que le marché des objets connectés ne la rende intéressante. Les premiers micros SBM100 sont livrés à des industriels depuis 2022.
Le détail qui donne du poids au dossier tient au tour de table. Sennheiser a investi 7 millions d’euros dans l’entreprise en février 2024, aux côtés de TRUMPF Venture, Investinor et Skagerak Capital. Quand un fabricant de micros de studio met de l’argent dans un composant MEMS destiné à l’électronique grand public, ce n’est pas un placement de portefeuille : c’est un pari sur le fait que le MEMS va atteindre la qualité studio.
Le vrai obstacle reste industriel, et il est rarement évoqué dans les annonces de ce type. Une technologie optique embarquant un laser reste un objet de niche tant que personne ne sait en fabriquer des dizaines de millions d’unités par an au prix d’un composant grand public. C’est sur ce point, et pas sur les spécifications, que se jouera l’arrivée de ces micros dans vos lunettes.
Mon verdict : faut-il attendre cette technologie avant d’acheter ?
Non, et je préfère le dire clairement. Aucune paire de lunettes connectées vendue aujourd’hui n’embarque de micro MEMS optique, et la montée en volume industrielle ne produira pas d’effet visible en rayon avant 2027 au mieux, plus vraisemblablement 2028 sur un produit grand public de grande série. Attendre un composant qui n’est pas encore dans les chaînes d’assemblage serait une mauvaise décision d’achat.
À mon sens, les premiers produits concernés ne seront pas les lunettes mais les systèmes de conférence et le matériel professionnel, où le surcoût d’un capteur haut de gamme se justifie immédiatement. Les lunettes viendront ensuite, parce que leur contrainte de place et de consommation est bien plus sévère : une monture doit aujourd’hui loger cinq micros, deux haut-parleurs, une caméra et une batterie dans deux branches en plastique. En revanche, le vrai signal à retenir est ailleurs : le secteur accepte enfin de traiter la captation vocale comme un problème de capteur, et plus seulement comme un problème d’algorithme.
Si vous hésitez entre plusieurs modèles disponibles maintenant, le critère utile reste le nombre de micros et la qualité du traitement d’appel constatée en extérieur, pas la fiche technique du capteur. Et sinon, je suis là pour répondre à vos questions en commentaire : dites-moi avec quelles lunettes vos interlocuteurs vous entendent le mieux, c’est le retour terrain qui manque le plus sur ce sujet.
Les spécifications complètes des micros optiques évoquées ici sont détaillées sur le site officiel de sensiBel.

Questions fréquentes
C’est quoi un micro MEMS optique ?
Un micro MEMS optique mesure le mouvement de sa membrane avec un faisceau laser et un photodétecteur, au lieu d’une variation de capacité électrique. Cette lecture optique génère beaucoup moins de bruit propre, ce qui laisse remonter les sons faibles sans souffle. Chez sensiBel, le module combine un laser VCSEL, un photodétecteur, un élément optique diffractif et un circuit ASIC dans un seul boîtier. Le gain annoncé est d’environ 10 dB de rapport signal/bruit face à un micro MEMS capacitif classique.
Est-ce que ça va améliorer mes lunettes connectées actuelles ?
Non, il s’agit d’un changement de composant matériel, donc aucune mise à jour logicielle ne peut l’apporter à un produit déjà acheté. Le micro optique doit être soudé sur la carte au moment de la fabrication. En revanche, la partie IA d’Aizip est du logiciel embarqué, et certains fabricants pourraient améliorer le traitement d’appel de produits existants par mise à jour. Les deux briques donnent leur plein effet ensemble, pas séparément.
Combien de micros y a-t-il dans des lunettes connectées ?
Les Ray-Ban Meta de deuxième génération embarquent un réseau de 5 micros, répartis en 2 dans la branche gauche, 2 dans la branche droite et 1 près du pont de nez. Cette répartition permet justement le beamforming, c’est-à-dire l’orientation logicielle de l’écoute vers la bouche du porteur. Plus les micros sont éloignés les uns des autres, plus le calcul de direction est précis. C’est pour cela que les branches de lunettes sont un support intéressant malgré leur encombrement.
Le traitement IA envoie-t-il ma voix dans le cloud ?
Non, la solution d’Aizip est conçue pour s’exécuter directement sur l’appareil, en edge AI. Le débruitage, la déréverbération et le beamforming se font sur le processeur embarqué, sans connexion réseau. Cela supprime la latence d’un aller-retour serveur et évite la transmission du flux vocal brut. C’est un argument à part entière sur des produits qui portent déjà une caméra au niveau des yeux.
Le beamforming, ça sert à quoi concrètement ?
Le beamforming utilise le décalage temporel entre plusieurs micros pour déterminer d’où vient un son et privilégier une direction précise. Sur des lunettes ou des écouteurs, il sert à isoler la voix du porteur et à atténuer la circulation, le vent et les conversations voisines. Plus le capteur est silencieux, plus ce calcul est fiable, car l’algorithme travaille sur des différences très fines. C’est exactement l’argument du partenariat entre sensiBel et Aizip.
Quand verra-t-on ces micros dans des produits grand public ?
Le SBM100B est livré à des industriels depuis 2022, mais aucun produit grand public de grande série ne l’utilise à ce jour. L’obstacle n’est pas technique mais industriel : il faut savoir produire ce composant optique en très grande quantité à un prix compatible avec l’électronique de consommation. Les premiers usages devraient concerner l’audio professionnel et la visioconférence, où le surcoût passe. Les lunettes connectées et les écouteurs grand public suivront ensuite.
sensiBel, c’est qui exactement ?
sensiBel est une société norvégienne installée à Oslo, fondée en 2017 pour industrialiser des travaux de recherche menés à l’institut SINTEF dans les années 2000. Elle conçoit des micros MEMS à lecture optique présentés comme les plus silencieux du marché. Sennheiser a investi 7 millions d’euros dans l’entreprise en février 2024, aux côtés de TRUMPF Venture, Investinor et Skagerak Capital. Son partenaire sur ce projet, Aizip, est un spécialiste californien des modèles d’IA compressés pour l’embarqué.

Renaud – Rédacteur tech spécialisé en réalité virtuelle, augmentée et étendue. Je suis l’évolution des casques et lunettes connectées depuis l’Oculus Rift DK1 et je teste régulièrement le matériel grand public et professionnel pour casquederealitevirtuelle.info.
