De Bengaluru à Oslo en passant par Sydney, les Ray-Ban Meta et leurs rivales sont priées de rester au vestiaire : ce que dit le droit français pour les porter sans faux pas
Écrit par Renaud | Publié le
🕶️ Ce qu’il faut retenir
- Les interdictions s’enchaînent : un étudiant exclu de ses examens à Bengaluru le 3 novembre 2026, toutes les écoles de l’État de Victoria dès 2027, les écoles publiques d’Australie-Occidentale depuis le 12 octobre, piscines et bibliothèques de Sydney, tribunaux de New York, d’Angleterre et du pays de Galles.
- L’Europe aussi : la Norvège a proposé le 5 octobre une interdiction temporaire dans les parcs, plages, écoles et lieux de santé, et l’autorité néerlandaise de protection des données conseille aux lieux d’accueil de les bannir de leur règlement intérieur.
- En France : pas d’interdiction générale, mais la CNIL rappelle que le RGPD s’applique et qu’enregistrer quelqu’un dans un lieu privé sans son accord peut coûter jusqu’à un an de prison et 45 000 euros d’amende.
Les lunettes connectées à caméra se vendent de mieux en mieux, et c’est précisément ce qui inquiète. Discrètes, capables de photographier, de filmer et de répondre à des questions grâce à l’IA, elles posent deux problèmes que les institutions prennent désormais au sérieux : la vie privée des personnes filmées et la triche. Tour d’horizon d’un mouvement qui touche directement les acheteurs, un sujet que l’on suit de près dans l’actualité des lunettes connectées et de la VR.
Examens et écoles : la triche et les mineurs en première ligne
Le 3 novembre 2026, lors d’un examen du premier semestre à la Mount Carmel University de Bengaluru, en Inde, une surveillante a remarqué les lunettes inhabituellement épaisses d’un étudiant. Après l’avoir observé pendant environ une heure et demie, elle les a examinées et y a entendu un son : l’appareil a été confisqué et l’étudiant exclu des épreuves restantes du semestre, qu’il devra repasser plus tard. La marque des lunettes n’a pas été communiquée.
💡 Pour comprendre : pourquoi ces lunettes facilitent la triche
Les lunettes connectées récentes intègrent une caméra, des micros et de petits haut-parleurs dirigés vers les oreilles, le tout relié à un smartphone et à un assistant d’intelligence artificielle. Un candidat peut donc photographier un sujet et recevoir une réponse à l’oreille sans sortir de téléphone. Comme elles ressemblent à des lunettes de vue classiques, elles sont bien plus difficiles à repérer qu’un écouteur ou une montre. C’est pour cela que les établissements les visent désormais nommément.
« Les lunettes connectées n’ont pas leur place dans nos salles de classe ni dans l’enceinte de nos écoles. » Gabrielle Williams, vice-Première ministre et ministre de l’Éducation de l’État de Victoria
En Australie, le mouvement est le plus avancé. L’État de Victoria a annoncé le 21 octobre 2026 qu’à partir de l’année scolaire 2027, les élèves de toutes les écoles, publiques, catholiques et indépendantes, devront éteindre et ranger leurs appareils, lunettes connectées comprises, pendant les heures de cours. Dans les écoles publiques, enseignants, parents et bénévoles ne pourront plus en porter du tout, sorties scolaires incluses. Seule exception : un aménagement pour une personne en situation de handicap quand aucune autre solution n’existe. L’Australie-Occidentale applique déjà une interdiction similaire dans ses écoles publiques depuis le 12 octobre. Pour ceux qui veulent les fonctions audio sans la caméra, il existe des lunettes connectées sans caméra, bien moins concernées par ces règles.
Lieux publics, santé et tribunaux : la vie privée au cœur du débat
L’Australie ne s’arrête pas aux écoles. Le gouvernement fédéral a annoncé l’interdiction des lunettes connectées dans ses lieux de travail, centres de services et laboratoires, et plusieurs villes ont suivi, dont Sydney, qui les bannit de ses piscines, salles de sport, crèches, bibliothèques et mairies. Les personnes qui s’en servent comme aide à l’accessibilité, en cas de perte de vision ou d’audition, en sont exemptées. Aux États-Unis, l’État de New York les a interdites dans les salles d’audience, comme l’Angleterre et le pays de Galles.
💡 Pour comprendre : le voyant d’enregistrement
Sur les lunettes à caméra, un petit voyant s’allume quand la caméra photographie ou filme, pour prévenir l’entourage. Le problème, c’est sa portée limitée : il se voit mal en plein soleil, de loin ou de côté, et beaucoup de gens ne savent même pas ce qu’il signifie. La CNIL souligne d’ailleurs qu’il est très difficile pour les personnes à proximité de savoir si elles sont filmées. C’est pour cela que les règlements visent l’objet lui-même plutôt que son usage.

Ray-Ban Meta Skyler : la caméra et le voyant d’enregistrement se résument à deux petits cercles aux coins de la monture.
En Europe, la Norvège va le plus loin. Le 5 octobre 2026, le ministre du Numérique Torgeir Micaelsen a proposé une interdiction temporaire des lunettes à IA dans les parcs, plages, musées, centres commerciaux et événements publics, dans les écoles, crèches et aires de jeux, ainsi que dans les cabinets médicaux, piscines, salles de sport et tous les lieux avec vestiaires. Ce n’est encore qu’un projet de loi, et l’usage privé resterait autorisé. Aux Pays-Bas, l’autorité de protection des données a recommandé le 22 septembre aux gestionnaires de lieux de les interdire dans leur règlement intérieur, et l’opticien Hans Anders a cessé de vendre les lunettes Meta aux Pays-Bas et en Belgique début octobre.
Le tableau des restrictions connues
Ces règles visent surtout les modèles à caméra comme les Ray-Ban Meta, les plus répandus. Voici où en sont les principales mesures.
| Pays ou lieu | Mesure | Statut |
|---|---|---|
| Bengaluru (Inde) | Étudiant exclu des examens restants du semestre | Sanction du 3 novembre 2026 |
| Victoria (Australie) | Interdites aux élèves en cours, et aux adultes dans les écoles publiques | Dès l’année scolaire 2027 |
| Australie-Occidentale | Interdites dans les écoles publiques, élèves et adultes | En vigueur depuis le 12 octobre 2026 |
| Sydney | Piscines, salles de sport, crèches, bibliothèques, mairies | Annoncée en septembre 2026 |
| Norvège | Interdiction temporaire dans de nombreux lieux publics | Projet de loi du 5 octobre 2026 |
| Pays-Bas | Recommandation de les bannir des règlements intérieurs | Avis du 22 septembre 2026, pas de loi |
| New York, Angleterre, pays de Galles | Interdites dans les salles d’audience | En vigueur |
| France | Pas d’interdiction générale, mises en garde de la CNIL | Recommandations du 11 mai 2026 |
En France : ce que dit le droit et comment éviter les ennuis
Pas d’interdiction générale en France, mais le droit à la vie privée et le droit à l’image s’appliquent pleinement à chaque photo prise avec des lunettes.
La CNIL a publié le 11 mai 2026 ses mises en garde sur les lunettes connectées. Le RGPD et la loi Informatique et Libertés s’appliquent en principe à leur usage. L’article 9 du Code civil protège la vie privée de chacun, y compris dans l’espace public, et l’article 226-1 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de capter ou d’enregistrer l’image d’une personne dans un lieu privé sans son consentement. La CNIL recommande six bons réflexes : prévenir les personnes autour de soi, désactiver l’enregistrement quand il ne sert plus, éteindre les lunettes partout où l’on demande d’éteindre son téléphone, ne pas s’en servir là où personne ne s’y attend, demander l’accord avant de publier une photo ou une vidéo, et réfléchir avant de partager. En pratique, rangez-les avant un examen, une consultation médicale, un vestiaire ou une salle d’audience, et vérifiez le règlement des lieux que vous visitez à l’étranger.
Mon avis
Ces interdictions étaient prévisibles, et la plupart me semblent justifiées. Une salle d’examen, un vestiaire de piscine ou une école ne sont pas des lieux où l’on doit se demander si la personne d’en face enregistre. Le voyant lumineux ne rassure personne, et c’est bien le cœur du problème : la discrétion qui fait le succès de ces lunettes est aussi ce qui les rend suspectes.
Je suis plus réservé sur les interdictions très larges dans l’espace public, comme celle que la Norvège envisage pour les parcs et les plages. Interdire l’objet plutôt que l’abus pénalise aussi les personnes qui s’en servent pour mieux voir ou mieux entendre, et les exemptions prévues ne règlent pas tout.
Pour les acheteurs, la leçon est simple : des lunettes à caméra imposent des règles de savoir-vivre, comme le smartphone avant elles. Les ranger au bon moment évite la plupart des ennuis. Si vous hésitez entre un modèle à caméra et un modèle sans caméra, sinon je suis là pour vous aider à choisir.
Les recommandations complètes sont à lire sur le site officiel de la CNIL.

Les lunettes connectées sont-elles interdites en France ?
Non, il n’existe pas d’interdiction générale. Mais leur usage reste encadré : le RGPD, le droit à la vie privée et le droit à l’image s’appliquent. Un lieu peut aussi les interdire dans son règlement intérieur, comme il peut interdire les téléphones.
Que risque-t-on à filmer quelqu’un avec des lunettes connectées ?
L’article 226-1 du Code pénal punit d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende le fait de capter ou d’enregistrer l’image d’une personne dans un lieu privé sans son consentement. Publier une photo ou une vidéo d’une personne sans son accord peut aussi porter atteinte à son droit à l’image.
Quelles sont les recommandations de la CNIL pour les porteurs de lunettes connectées ?
La CNIL conseille de prévenir son entourage, de couper l’enregistrement quand il ne sert plus, d’éteindre les lunettes là où l’on doit éteindre son téléphone et de ne pas les utiliser dans des lieux inattendus. Elle demande aussi d’obtenir l’accord des personnes avant de publier et de réfléchir avant de partager.
Pourquoi un étudiant a-t-il été exclu de ses examens à Bengaluru ?
Le 3 novembre 2026, une surveillante de la Mount Carmel University a repéré ses lunettes connectées pendant une épreuve. L’appareil a été confisqué et l’étudiant exclu des examens restants du premier semestre, qu’il pourra repasser plus tard. La marque des lunettes n’a pas été précisée.
La Norvège a-t-elle interdit les lunettes connectées ?
Pas encore. Le gouvernement norvégien a proposé le 5 octobre 2026 une interdiction temporaire dans de nombreux lieux publics, écoles et lieux de santé compris. Un projet de loi doit être présenté au Parlement, et l’usage privé resterait autorisé.
Peut-on porter des lunettes connectées avec des verres correcteurs malgré ces interdictions ?
Les règlements visent la caméra et les fonctions connectées, pas la correction de la vue. Là où elles sont interdites, il faut prévoir une paire de lunettes classique. Certains règlements, comme en Australie, prévoient des exemptions pour les personnes qui s’en servent comme aide à la vision ou à l’audition.
Existe-t-il des lunettes connectées moins concernées par ces règles ?
Oui, les modèles sans caméra. Ils offrent l’audio, les appels ou un assistant vocal sans pouvoir photographier ni filmer, ce qui supprime l’essentiel des problèmes de vie privée. Ils restent toutefois à ranger pendant un examen, puisqu’ils peuvent transmettre des informations.

